Parcoursup ouvre lundi, Avec lui revient un rituel désormais bien connu : le stress, l’angoisse, la peur de se tromper. À 17 ou 18 ans, on demande à des centaines de milliers de jeunes de faire des choix de plus en plus précoces, de plus en plus stratégiques, et aux conséquences de plus en plus lourdes. Choisir ses spécialités, anticiper les “bons” dossiers, deviner ce que veulent les formations… L’orientation n’est plus un droit, c’est devenu un jeu de calcul.
Et comme dans tous les jeux truqués, tout le monde ne part pas avec les mêmes cartes. Les enfants d’ouvriers et d’employés sont les premiers perdants. Moins d’informations, moins de réseaux, moins de marges de manœuvre. Là où certains optimisent, d’autres improvisent. Parcoursup prétend être neutre ; il ne fait en réalité que reproduire et amplifier les inégalités sociales existantes.
C’est une forme moderne de darwinisme social. On trie, on classe, on élimine. Les plus “adaptés” avancent, les autres sont relégués, parfois définitivement, hors des études supérieures. La nation se tire une balle dans le pied en empêchant une partie de sa jeunesse d’accéder au savoir, aux qualifications, à l’émancipation. Ce n’est pas seulement injuste, c’est absurde économiquement, socialement et humainement.
Nous refusons cette logique de concurrence généralisée, cette école transformée en marché, cette sélection qui brise des vocations et fabrique du découragement. L’enseignement supérieur doit être un bien commun, pas une récompense.
Face à la complexité croissante des parcours, la réponse ne peut pas être l’abandon des jeunes à un algorithme. Au contraire, imaginons un grand service public de l’orientation, prenant en compte les aspirations des jeunes et les besoins du pays. Un service qui accompagne chaque jeune, du collège à l’insertion professionnelle, avec des rendez-vous réguliers, du temps, des moyens, et des professionnels formés. Pas seulement pour celles et ceux “en difficulté”, mais pour toutes et tous. Personne ne devrait être seul face à des choix aussi déterminants.
La jeunesse n’a pas besoin d’être triée. Elle a besoin d’être accompagnée, formée, émancipée. C’est un choix de société. Nous avons fait le nôtre.


















