Rapport du GIEC : un retard très politique

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Rapport du GIEC : un retard très politique

Fin mars, la 64e session du GIEC a réuni à Bangkok plusieurs centaines de scientifiques. Comme lors des quatre sessions précédentes, elle s’est heurtée à un échec pour établir un calendrier pour le prochain rapport. Les analyses montrent que ce retard est issu d’oppositions très politiques de la part de certains pays.

AG
Focus
LE GIEC EN BREF
Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat
1988
Année de création
195
États membres
Points clés
  • Créé par l’ONU en 1988, sous l’égide de l’OMM et du PNUE.
  • Ne produit pas de recherches : synthétise les travaux scientifiques existants sur le climat.
  • Le résumé pour décideurs est relu et validé par les gouvernements membres avant publication.
Source : GIEC / OMM-PNUE — 1988

Rappelons brièvement ce qu’est le GIEC : le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat est créé en 1988 par l’ONU, sous l’impulsion de Reagan et Thatcher, qui souhaitaient que le politique garde un contrôle sur la production scientifique. Si ses rapports techniques, qui constituent la synthèse des connaissances produites sur le climat, sont uniquement le fait d’experts, le résumé pour décideurs est relu et validé par les gouvernements du monde entier. Ces derniers ont également leur mot à dire sur le calendrier de publication des rapports.

Les six rapports du GIEC publiés jusqu’ici ont profondément influencé notre vision du climat et ont constitué de précieuses alertes sur l’urgence climatique. Chaque rapport est constitué de trois groupes, correspondant à la science physique, à l’impact et à l’adaptation, et à l’atténuation, ainsi qu’un rapport de synthèse. Leur calendrier a en général été arrêté un peu plus d’un an après le début du cycle, ce qui ne sera pas le cas du septième rapport, dont le cycle a commencé il y a deux ans et neuf mois sans qu’un calendrier ait été adopté, à l’exception du rapport de synthèse prévu pour 2029.

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Un calendrier otage des rapports de force

Comment expliquer ce retard ? À côté du GIEC, coexiste une gouvernance climatique mondiale encadrée par le système des COP et fondée sur les promesses des États, elles-mêmes éclairées par l’inventaire global des gaz à effet de serre, qui permet d’évaluer les progrès — et plus souvent les retards — dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Le premier inventaire global a eu lieu en 2023 et était largement informé par le sixième rapport du GIEC, publié en 2021. Le second est fixé pour 2028 et suppose logiquement que le septième rapport soit publié avant cette date. C’est l’argument d’un certain nombre de pays, notamment les pays européens mais aussi les États insulaires, pour pousser à une publication des rapports de groupes en 2028.

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L’opposition de pays en développement

Face aux partisans d’un rapport rapide susceptible de peser sur la gouvernance climatique, un groupe de pays, parmi lesquels l’Earth Negotiation Bulletin mentionne l’Arabie Saoudite, le Kenya, l’Inde et la Russie, plaide pour un calendrier « plus lent », soit une publication des rapports intermédiaires après 2028. L’argument avancé est que des délais plus longs permettraient une meilleure inclusivité en donnant davantage de temps aux chercheurs du Sud global, qui disposent de moins de moyens.

La plupart des observateurs relèvent que ces pays sont les mêmes qui ont poussé à l’abandon de toute sortie des énergies fossiles lors de la COP30 à Belém, et beaucoup les accusent de vouloir empêcher la publication des rapports intermédiaires avant l’inventaire global, afin que celui-ci s’appuie sur des bases scientifiques moins solides.

S’il est impossible de statuer sur les intentions réelles de ces diplomates, il est très probable que le blocage observé à la COP30 s’étende désormais au GIEC, la crise géopolitique mondiale entravant jusqu’à la bonne production de la connaissance scientifique.

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Le GIEC continue d’avancer dans l’incertitude

Du côté des experts, on assure que la publication des rapports intermédiaires avant l’inventaire global reste possible. L’organisation continue de fonctionner en se basant sur le calendrier proposé, mais non adopté, sans que rien ne garantisse une publication des rapports dans les délais.

Dans un contexte où l’administration Trump, qui s’est retirée sans ménagement du GIEC, cherche à faire de la climatologie étasunienne, pourtant berceau de l’alerte climatique, une science quasi clandestine, le blocage autour du rapport du GIEC représente un coup supplémentaire porté aux sciences du climat.

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