SNCF : Quand nos gares perdent leurs guichets et leurs agents

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SNCF : Quand nos gares perdent leurs guichets et leurs agents

Depuis le 1er janvier, treize guichets SNCF ont fermé dans la région Grand Est. Une décision prise à la demande de la collectivité régionale, dans une volonté de réduction des dépenses publiques. Ces fermetures interrogent l’avenir du service public ferroviaire et la place accordée à l’humain dans les gares.

L’annonce de la fermeture

L’annonce avait été faite en mai 2025 : 13 guichets SNCF de la région Grand Est devaient fermer en janvier. C’est aujourd’hui chose faite. La Région, qui commande à la SNCF l’offre de transport, justifie ce choix par des raisons économiques.

En effet, seuls 11 % des billets SNCF seraient aujourd’hui vendus au guichet, contre 50 % il y a dix ans. Une activité jugée trop marginale et mise en perspective avec le coût d’un guichet, d’environ 200 000 euros par an. Un choix qui se veut pragmatique, mais dont les conséquences sont importantes.

Côté humain, ce sont environ 50 agents qui se retrouvent concernés par ces fermetures. Contrairement à une idée répandue, les agents de guichet ne se limitent pas à la vente : ils assurent aussi des missions d’embarquement, d’accueil, d’information, d’orientation et de sûreté. La question du reclassement se pose.

Comme le rappelle M. Benlazeri, secrétaire général du secteur CGT cheminot de Strasbourg : « Être derrière un guichet, ce n’est pas seulement vendre un billet, c’est offrir toute la palette tarifaire, informer, conseiller et orienter. » Une conception qui se perd au gré des budgets cloisonnés.

Côté matériel, fermer ces guichets ne supprime ni les nécessités de maintenance ni les coûts. À terme, la disparition du guichet pourrait condamner certaines gares à la fermeture totale, sous couvert d’économies. Les bâtiments pourraient ainsi être vendus, voire pire, laissés à l’abandon.

Symptôme de la dégradation du service public

La Région Grand Est assure avoir prévu des dispositifs de remplacement, par le biais d’un partenariat avec La Poste et « Allo Billets ». Ces solutions ne semblent pas résoudre le problème du reclassement et de la perte du lien humain. Pire, elles posent la question du service public et pointent sa transformation au gré des logiques marchandes.

Ainsi, dans la gare d’Étival-Clairefontaine (Vosges), s’il est encore possible d’acheter un billet par carte bancaire, le guichet est fermé. Résultat : une affichette invite les voyageurs à aller demander des renseignements à l’agent SNCF qui travaille désormais dans l’agence de La Poste, située à 1,2 km…

Cette réorganisation illustre une transformation plus profonde : les contraintes budgétaires transforment le service public en service marchand. Cette logique, déjà à l’œuvre côté TGV, ne l’est officiellement pas encore côté TER. Les utilisateurs du TGV sont déjà des clients, tandis que ceux du TER sont encore des usagers.

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Le vocabulaire révèle une évolution : à mesure que le rail se privatise, la relation tend à basculer du service public vers la logique marchande.
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À mesure que la privatisation progresse, les équilibres pourraient évoluer. Dans la région, la ligne ferroviaire Nancy–Contrexéville, fermée depuis 2016 pour raisons budgétaires, sera rouverte et rénovée par Transdev. Si l’entreprise privée est certes soumise à une obligation de service public, reste que ses objectifs ne le sont pas : en cas d’absence de rentabilité, elle pourrait ne pas renouveler le contrat, laissant une ligne se refermer.

Ainsi, derrière la fermeture de ces guichets se pose une question : jusqu’où la rationalisation budgétaire peut-elle aller sans remettre en cause les fondements mêmes du service public ferroviaire ?


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