Depuis des années, le Venezuela fait l’objet d’un flot continu de désinformation et de récits approximatifs. Ces narratifs, parfois complotistes, sont largement alimentés par les prises de parole de responsables américains, plus récemment par celles de Donald Trump, ou encore par le biais des réseaux sociaux du président américain. Depuis l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro, il devient encore plus difficile de distinguer le vrai du faux, l’espace médiatique étant stratégiquement inondé d’informations contradictoires, parfois manifestement fausses, ou tout simplement invérifiables, créant une confusion propice à toutes les manipulations justifiant les actes d’ingérence étasuniens. Voici l’analyse des principales fausses nouvelles propagées.
« Il n’y a pas eu de morts lors de l’enlèvement de Maduro »
Cette version est démentie par plusieurs sources concordantes. Le ministre vénézuélien de l’Intérieur Diosdado Cabello a affirmé qu’environ 100 personnes auraient été tuées lors de l’opération de Caracas, parmi lesquelles des militaires vénézuéliens, au moins un civil et des alliés du régime, dont trente-deux militaires cubains engagés dans des missions de sécurité ou de coopération.
Des responsables américains évoquent, quant à eux, un bilan inférieur, estimé entre 75 et 80 morts, mais aucune perte du côté étasunien. Malgré la variation des chiffres, il est impossible de prétendre que l’opération se serait déroulée sans pertes humaines.
« Le Venezuela, pays narco-terroriste »
Cette expression, fréquemment employée par des responsables étasuniens, est reprise sans nuance dans certains médias. Elle s’appuie notamment sur l’existence supposée du Cartel de los Soles, décrit par Washington comme un réseau de narcotrafic soutenant des organisations terroristes et classé par les États-Unis comme organisation terroriste étrangère (Foreign Terrorist Organization).
Le 3 janvier, Donald Trump déclarait au sujet de Maduro : « Il était à la tête de cartels impitoyables comme le cartel de Los Soles, qui a inondé notre pays de poison. »
Ce cartel fait l’objet de nombreuses controverses, plusieurs experts en criminalité internationale estimant qu’il ne correspond pas à une organisation structurée comparable aux grands cartels mexicains ou colombiens, comme l’a finalement reconnu la justice étasunienne. Le narco-terrorisme faisait partie des motifs d’inculpation de Nicolás Maduro et de plusieurs membres de son entourage devant les tribunaux fédéraux. Le terme de « terrorisme », récemment ajouté par une loi, permettrait d’alourdir les peines encourues pour des infractions liées aux stupéfiants.
Si ces éléments existent juridiquement dans le cadre du droit américain, il n’existe pas pour autant de reconnaissance internationale de la qualification de « narco-État ». À ce jour, aucune preuve issue d’instances internationales ne démontre que l’État vénézuélien dirigerait de manière institutionnelle des réseaux terroristes mondiaux.
Le Venezuela est avant tout un pays de transit pour certaines drogues, en particulier la cocaïne, et non un grand pays producteur ni un centre de fabrication de drogues de synthèse.
« Les foules de Vénézuéliens en liesse après l’arrestation de Maduro »
À cette désinformation politique s’ajoute une désinformation visuelle massive. Depuis l’arrestation de Maduro, des images et vidéos générées par intelligence artificielle ou sorties de leur contexte circulent à grande échelle. Certaines prétendent montrer l’arrestation elle-même, d’autres des foules de Vénézuéliens célébrant leur supposée libération dans les rues.
Plusieurs de ces vidéos correspondent en réalité à des événements antérieurs et n’ont aucun lien avec la situation actuelle. Une instrumentalisation de l’image qui contribue à fabriquer l’illusion d’un consensus populaire ou d’une liesse généralisée ne reflétant pas la réalité observée sur le terrain.
Dans les faits, des mobilisations visibles au Venezuela depuis ces événements portaient sur la souveraineté nationale et le rejet de l’ingérence étrangère, déconstruisant l’idée d’une célébration unanime de l’intervention américaine.
S’il est essentiel de critiquer tout régime, ses pratiques autoritaires et les violations démocratiques, cette avalanche de récits et de fake news affaiblit la compréhension de la situation réelle vénézuélienne et légitime une opération terroriste de la part des États-Unis.


















