La concurrence chinoise, bouc émissaire idéal

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La concurrence chinoise, bouc émissaire idéal

La concurrence chinoise est souvent pointée du doigt. Tant et si bien que c’en est devenu un lieu commun. Cette concurrence n’est pourtant jamais définie.

Une menace présentée comme existentielle

La concurrence chinoise serait la cause essentielle de nos problématiques économiques. Cette idée est répétée à l’envi. Elle est érigée en principale cause des suppressions d’emplois industriels. Bosch, ZF ou Forvia, tous ont pointé la concurrence chinoise.

C’est le cas dans des secteurs comme le textile. Récemment, la polémique autour de Shein fut l’occasion de pointer la concurrence chinoise. Yann Rivoallan, président de la Fédération française du prêt-à-porter féminin, déclarait alors que l’arrivée de Shein au BHV signifiait « donner le bâtiment aux Chinois », alors même que l’entreprise aurait « supprimé 15 000 emplois en France ». Un nombre sans source, qui entend faire de l’État chinois le responsable des suppressions d’emplois.

C’est encore plus vrai dans le dernier rapport du Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan (HCSP), qui en fait une menace vitale et systémique, y compris pour des secteurs comme l’automobile ou les machines-outils. Derrière la menace, là encore, ce sont des suppressions d’emplois qui sont pointées du doigt.

Ainsi, dans le discours, la Chine est présentée comme la raison des suppressions d’emplois. Seulement, de quoi s’agit-il ?

Délocaliser en Chine puis crier contre la concurrence : le jeu de dupes du patronat

En apparence, les choses semblent simples. Cela se complique si l’on cherche à définir la « concurrence chinoise », car le doute est savamment entretenu.

Ainsi, lorsque l’on parle de la concurrence chinoise, parlons-nous des importations en provenance du pays ? De l’État et de sa politique ? Ou encore seulement des entreprises chinoises qui entendent s’intégrer au marché européen ? Ce n’est jamais clair.

C’est le cas de Shein, par exemple. L’entreprise, qualifiée de chinoise, et ses produits, qualifiés de concurrence chinoise, servent à justifier les problématiques du secteur français. Pourtant, l’entreprise est basée à Singapour et est dirigée par l’Américain Donald Tang, un ancien dirigeant de la banque Bear Stearns, rachetée en 2008 par JP Morgan.

Si l’actionnaire majoritaire de Shein est Chris Xu, résident de Singapour, le reste de ses capitaux est américain, émirati ou issu des îles Caïmans. La marque n’est d’ailleurs pas commercialisée en Chine, où ne sont présents que les sous-traitants. Une entreprise chinoise donc ?

C’est encore plus pernicieux dans certains cas, où l’argument de la concurrence chinoise est brandi par les mêmes entreprises qui délocalisent une part de leur production en Chine pour ensuite l’importer en France et en Europe.

C’est le cas de Stellantis et de la Citroën C5 X, remplaçante de la Citroën C5, qui devait être assemblée dans l’usine de Rennes-La Janais. Elle a finalement été produite en Chine, en raison des coûts de production. Antonio Filosa, PDG de Stellantis, disait pourtant craindre la « déferlante de produits chinois ». Intègrent-ils leur propre production à la concurrence ?

Un discours bien utile

Ainsi, l’ambiguïté continue. Pire, elle est soutenue de tous les côtés. D’un côté par les industriels, qui y voient le moyen de faire de la Chine une menace à la fois abstraite et réelle, car le pays se développe de manière soutenue. Le tout en détournant les regards des causes réelles du problème : la faiblesse de leur stratégie court-termiste et leur quête du profit comme seul objectif.

De l’autre, elle est soutenue par le champ politique, qui y voit le moyen de se faire bien voir de l’électorat, dans un contexte de crise de confiance des Français dans l’économie du pays, comme ce fut le cas pour Shein.

Pourtant, derrière les polémiques, et malgré l’opposition frontale, peu de propositions réelles ont émergé, hormis l’idée de droits de douane européens, qui annoncent un possible tournant protectionniste.


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