D’après l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), la consommation de cannabis chez les jeunes est en diminution en France. En 10 ans, une division par trois de la consommation à 16 ans ferait presque passer la France, champion historique de la consommation en Europe, pour un bon élève. Pourtant, le cœur de la consommation s’est maintenu sur un jeune adulte sur dix, avec un noyau stable de consommateurs réguliers.
Un recul contrasté : l’impasse du tout répressif
Malgré le recul chez les plus jeunes, le cannabis représente un marché solide et en expansion. De 2010 à 2023, la consommation de cannabis a augmenté de 77 % et le chiffre d’affaires estimé de sa vente a plus que doublé. En cause, la stabilisation d’une consommation régulière chez les jeunes adultes et des réponses publiques efficaces contre l’expérimentation mais pas pour la sortie.
La réponse publique à la consommation est historiquement policière, et plus récemment financière. Le simple usage reste un délit passible d’un an de prison, mais l’amende est généralisée depuis 2020. Les délits pour consommation de drogue ont plus que doublé entre 2019 et 2024, traduisant la logique sécuritaire et financière. Cette réponse est un échec en matière de santé publique, malgré les conséquences réelles de la consommation.
Un problème de classe
Les travaux de l’OFDT nous montrent que si l’usage occasionnel est diffus, ce sont bien les jeunes des classes populaires qui concentrent l’usage régulier et excessif et payent le prix fort de l’addiction. Cibles prioritaires des politiques répressives, ils subissent aussi le plus les dommages sociaux associés au cannabis : décrochage scolaire, chômage, troubles psychiatriques. Double peine pour notre jeunesse : cette consommation excessive est vitale pour les narcotrafiquants et représente le pilier de l’économie du cannabis.
Le noyau dur des usagers se concentre donc dans les milieux populaires et précaires, où se cumulent décrochage scolaire, petits boulots instables, contrôles de police et difficulté d’accès aux soins. Fumer souvent n’est pas seulement un « style de vie » juvénile, mais un symptôme social : anxiété, ennui, absence de perspectives. La répression renforce les inégalités qu’elle prétend contenir, tandis que la prise en charge médicale et sociale reste le parent pauvre des politiques du cannabis en France, au grand bonheur des businessmen de la détresse sociale.


















