44,9 milliards d’euros pour plus de trois millions d’étudiants : c’est ce que l’État consacre au financement de l’enseignement supérieur en 2024. Ce chiffre, pourtant en constante augmentation (+50 % en dix ans), est préoccupant. En effet, la dépense rapportée au nombre d’étudiants est, quant à elle, en chute libre : de 14 160 € en 2014, elle passe à 13 300 € en 2024.
Mais cela ne suffit pas à décrire la situation du financement ; il faut aussi en examiner la structure, et le constat est sans appel. Une privatisation à bas bruit est à l’œuvre, marquée par une baisse de 12 points du financement de l’État et une augmentation de 13 points de celui des entreprises au cours des dix dernières années, principalement due au développement de l’apprentissage. Ainsi, l’État ne représente plus que 56 % du financement de l’enseignement supérieur, contre 76 % en l’an 2000. Inversement, la part des entreprises est passée de moins de 10 % à plus de 20 % entre 2014 et 2024.
La raison principale de cette évolution réside dans l’essor considérable de l’apprentissage, qui délègue au secteur privé une part croissante de l’enseignement supérieur. Cette politique fournit une main-d’œuvre à bas coût aux entreprises tout en accentuant la concurrence sur le marché du travail, tirant les salaires vers le bas. Depuis 2018, l’État verse aux centres de formation d’apprentis une subvention calculée en fonction du nombre de contrats d’apprentissage signés. Leur nombre a connu une très forte croissance, mais commence à se stabiliser en 2024.
La seule variable n’ayant pas connu de bouleversements majeurs reste la contribution des ménages, qui se maintient autour de 11 % du financement de l’enseignement supérieur. Elle est pourtant dans le collimateur de l’Inspection générale des finances. Dans son rapport rendu en janvier 2025, celle-ci évoque la possibilité d’une augmentation des frais d’inscription, susceptible de rapporter jusqu’à trois milliards d’euros supplémentaires. La mission de service public et la quasi-gratuité de l’enseignement supérieur public semblent ainsi devenir un mirage de plus en plus lointain.

Les protestations de France Universités se multiplient pour demander, le 18 juillet 2025, « à avoir l’État central pour interlocuteur, dans le cadre d’un dialogue de gestion qui concerne l’espace national de l’enseignement supérieur et de la recherche ». De son côté, la communauté universitaire — étudiants, personnels et enseignants — se reconnaît dans la question posée par la CGT FERC Sup : « L’État respecte-t-il encore ses obligations constitutionnelles en matière de service public d’éducation ? »


















